Simone Weil : du christianisme à la lutte contre l’oppression

juillet 20, 2015 dans Livre / Texte, Réflexion par E&R Aquitaine

Simone Weil est née en 1909 à Paris, dans une famille d’origine juive alsacienne, installée à Paris depuis plusieurs générations.

Simone WeilEn octobre 1925, elle entre au Lycée Henri-IV, où elle passe trois ans. Elle a pour professeur de philosophie le philosophe Alain, qui demeure son maître.

Syndicaliste de l’enseignement, elle est favorable à l’unification syndicale et écrit dans les revues L’École émancipée et La Révolution prolétarienne.

Abandonnant provisoirement sa carrière d’enseignante, en 1934-1935, elle est ouvrière sur presse chez Alsthom (dans le XVème arrondissement de Paris), devenue depuis Alstom, puis elle travaille à la chaîne aux établissements JJ Carnaud et Forges de Basse-Indre, à Boulogne-Billancourt, et chez Renault, jusqu’au mois d’août 1935.

Simone Weil se rapproche peu à peu du christianisme, à partir de l’année 1938, et entre en contact avec des prêtres et des religieux, afin de leur poser des questions sur la foi de l’Église catholique. Simone Weil, s’arrête au seuil de la conversion, repoussée par l’attachement permanent de l’Eglise catholique à l’Ancien Testament. Pour Weil, les parties antérieures à l’exil, celles qui décrivent la conquête de Canaan ou l’extermination de ses habitants, sont répugnantes.

En 1942, elle fait tout pour se rendre en Grande-Bretagne et travaille comme rédactrice dans les services de la France libre. Son intransigeance dérange. Elle démissionne de l’organisation du général De Gaulle en juillet 1943.

Soucieuse de partager les conditions de vie de la France occupée, malgré sa santé de plus en plus défaillante, elle souhaitait rejoindre les réseaux de résistance sur le territoire français ; elle est déçue par le refus de l’entourage de De Gaulle (Schumann, Cavaillès, André Philip) de la laisser rejoindre ces réseaux de la résistance intérieure. Elle y risquait en effet d’être rapidement capturée par la police française, identifiée comme juive et déportée. Atteinte de tuberculose, elle meurt au sanatorium d’Ashford, le 24 août 1943, à l’âge de 34 ans d’une crise cardiaque.

 

Tous les livres ayant paru sous son nom ont été publiés après sa mort, à l’exception des Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale.

Les « Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale » représentent un effort d’analyse extrêmement dense, que Simone Weil prévoyait de reprendre pour le développer. L’étude commence par un examen critique du marxisme, qui dégagent les grandes idées entrevues par Marx, auxquelles il n’a pas été fidèle. En omettant d’expliquer « pourquoi l’oppression est invincible aussi longtemps qu’elle est utile », au-delà du capitalisme, Marx force à considérer la question de l’oppression comme « une question neuve ». Il faut, pour comprendre cette notion, admettre que l’oppression, sous sa forme capitaliste, sous les nouvelles formes prises dans l’usine taylorisée ou sous la forme qu’elle revêt dans la société soviétique, restera invincible tant que la lutte pour la puissance, facteur déterminant dans l’histoire, assignera à la production individuelle le rôle d’un « facteur décisif de victoire ». Un véritable matérialisme historique devrait étudier en priorité le rapport de l’organisation du pouvoir aux procédés de la production. Seule une telle étude permettrait de comprendre le maintien de l’oppression hors de sa fonction économique.

Pour Weil, l’oppression commence par la nécessité d’une coordination des hommes afin d’augmenter la productivité. Elle s’exercerait par la force selon deux procédés : l’existence des privilèges et la lutte pour la puissance.  Cela induit une séparation des tâches, une hiérarchisation des individus et un double phénomène d’extension et de centralisation. Au fil du temps, le pouvoir oppressif sème peu à peu les germes de la révolte. Les souffrances et les peines engendrés par ce pouvoir excite l’indignation et la colère des opprimés. Seulement, que ce soit la collaboration ou la révolution, Weil affirme qu’il n’y a jamais eu de rupture de l’oppression mais uniquement une différence du degré d’intensité de sa présence.

Au terme de sa longue analyse de l’oppression, Simone Weil peut dresser un « tableau théorique d’une société libre ». Cette subdivision comprend une analyse approfondie de la notion de liberté, conçue comme « rapport entre la pensée et l’action » et comme forme de la « nécessité méthodiquement maniée ». En découle la définition de « la société la moins mauvaise », qui est « celle où le commun des hommes se trouve le plus souvent dans l’obligation de penser en agissant », en ayant « les plus grandes possibilités de contrôle sur l’ensemble de la vie collective ».

Ce tableau de la société libre permet de livrer une « esquisse de la société contemporaine », esquisse dans laquelle on mesure parfaitement l’écart avec une société idéale : perte de toute mesure, coordination confiée aux choses, aux systèmes de signes ou à la bureaucratie, orientation manifeste de l’organisation industrielle vers la guerre et orientation de l’organisation sociale vers le totalitarisme.

Simone Weil conclut sur l’impossibilité de freiner cette course et sur son apaisement personnel à l’issue de cette analyse car selon elle, il est nécessaire d’accomplir un tel travail car réagir contre la subordination de l’individu à la collectivité implique le refus de subordonner sa propre destinée au cours de l’histoire. L’analyse critique de la civilisation permet à l’individu d’échapper à la folie et au vertige collectif afin de renouer son esprit avec l’univers.