Garantie Jeune : Une assurance précarité

octobre 25, 2015 dans Actualité par E&R Aquitaine

Le 31 Août 2015 débute le nouveau programme d’insertion des jeunes dans le monde du travail. Ce programme s’appelle la Garantie Jeunes. Il s’inscrit dans le Plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale adopté le 21 Janvier 2013 par le gouvernement Ayrault.

Répandu sur 72 départements, dont la Gironde, il permettrait à des NEET (jeunes sans emploi, sans formation et sans soutien) de bénéficier d’un accompagnement personnalisé pris en charge par les Missions Locales durant un an. Le jeune, de 18 à 25 ans, devra se présenter tous les jours à sa Missions Locale jusqu’à l’acquisition d’un contrat ou d’un stage. En contrepartie, il recevra l’équivalent d’un RSA, 450€ en moyenne, afin d’assurer son autonomie. Ce dispositif est géré par le Conseil Général de chaque département.

À première vue, la Garantie Jeunes semble pleine de promesse. Deux millions de jeunes sous-prolétaires accédant à l’autonomie et à un accompagnement intensif et personnalisé. Seulement ce programme s’inscrit dans la longue lignée des nombreux dispositifs de lutte contre le chômage chez les jeunes (CIVIS, FAJ, RCA, Emploi d’avenir…) se soldant généralement par un échec.

Garantie jeune infographieLe Décret n°2013-880

Signé par Jean-Marc Ayrault, Pierre Moscovici, Bernard Cazeneuve et Michel Sapin, le décret n° 2013-880 du 1er Octobre 2013 promulgua la Garantie Jeunes. À cette époque, seuls dix départements pilotes furent concernés à titre expérimental. De nombreuses associations et organisations ont participé à la mise en place de la Garantie Jeunes, dont le FNARS (Fédération nationale des associations d’accueil et de la réinsertion sociale), présidé par Louis Gallois, accessoirement président du conseil de surveillance de PSA Peugeot-Citröen. Cette association demanda une refonte et une mise en cohérence des aides existantes pour les jeunes. Voilà deux ans maintenant que le projet fût lancé. Quels sont les résultats ?

Aucune garantie

Selon Alain Jocquart, journaliste à l’AFP, le CESE (Conseil économique, social et environnemental) déclare que la Garantie Jeunes a une efficacité relative pour un jeune sur deux. Seulement 48% des jeunes accèdent à un emploi avec le dispositif contre 38% sans ce dispositif. De plus, 96% des jeunes étaient déjà connus des Missions Locales. Alain Jocquard précise que « La Garantie Jeunes n’a donc par permis d’identifier les jeunes les plus éloignés de l’emploi ».

Par conséquent, il est fort possible que les résultats soient biaisés. Les Missions Locales ont pu convoquer et sélectionner des candidats à la Garantie Jeunes en cours de formation ou en période de travail. En soi, ces jeunes sont effectivement sans diplôme, sans emploi fixe et sans soutien familial. Seulement, ils sont déjà en voie d’insertion dans le monde du travail. La Garantie Jeunes est donc inutile pour eux.

Pourquoi offrir un accompagnement personnalisé et une allocation mensuelle à des individus n’en ayant aucun besoin ? Et pourquoi continuer, encourager, étendre à d’autres départements ce projet alors que les résultats sont médiocres voire falsifiés ?

RSA Jeune

Le décret donne un début de réponse. L’article 8 prévoit la constitution d’un comité scientifique pour déterminer les conditions appropriées pour la généralisation de ce projet. La réussite de l’insertion n’est donc pas une priorité. Ce qui est prévu, c’est l’instauration d’une allocation pour l’insertion, gérée par le Conseil Général et les Missions Locales, à l’échelle nationale.

Ceci rappelle beaucoup le RMI (Revenu minimum d’insertion).

Pourquoi le RMI est-il devenu le RSA ? Tout simplement parce que l’État n’a pas donné des fonds pour rémunérer les personnes accomplissant l’accompagnement pour l’insertion. Des fonds avaient été débloqué uniquement pour l’allocation mensuelle. La saturation des demandes et la non-rémunération du personnel amena le pôle départemental à abandonner le projet d’insertion. Ainsi, le RMI (Revenu minimum d’insertion) devint officiellement le RSA (Revenu de solidarité active). La Garantie Jeunes est le prototype d’un RSA jeune.

Maintien de la pauvreté

Avec un minimum de notion économique, les conséquences d’une telle mesure sautent aux yeux. Schématiquement, le RSA est une somme versée aux individus vivants dans la précarité et de plus de 25 ans. Le revenu est donné par l’État qui contracte un prêt auprès de la BCE (Banque centrale européenne). Pour rembourser cette somme avec des intérêts, l’État pourrait puiser sur les bénéfices des exportations et l’investissement des capitaux fictifs. Mais c’est loin d’être suffisant. La solution se trouve dans l’épargne privée des classes moyennes. L’État instaure alors une politique de récession via des taxes, des impôts nouveaux, des baisses de prestations et des augmentations de cotisations. Actuellement, ces mesures attaquent principalement la classe moyenne.

La classe moyenne est la classe productive d’un pays. Elle crée de la valeur ajoutée. Si celle-ci voit son épargne diminuer, son budget de production diminuera aussi. Ainsi, le PIB du pays baissera au fil des années. En clair, les pauvres seront toujours plus nombreux et les riches seront toujours plus riches. Ces pauvres maintenus dans la précarité deviennent ensuite très dociles. Ils sont totalement dépendants des aides sociales données par l’État et de la volonté des employeurs.

Une génération oubliée et sacrifiée

À l’origine, ce dispositif est voulu par le Conseil Européen, comme cela est signalé sur le site du Ministère du Travail. « Un engagement de l’Union Européenne au travers de la garantie européenne pour la jeunesse ». Les énarques et hauts fonctionnaires ont juste obéi à ce gigantesque conseil d’administration.

Lors d’une réunion au Parlement Européen, la députée française membre du Parti socialiste, Pervenche Berès, affiliée au groupeAlliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen, interroge ce parlement sur le financement et les résultats de la Garantie Jeunes. Selon le Ministère du Travail, trente millions d’euros ont été prévu pour le budget 2014 avec des financements européens si besoin. De plus, 1600 euros de crédits d’accompagnements ont été distribué à chaque jeune pendant 1 an. Aujourd’hui, le projet est entièrement financé par le Fond social européen.

Quant aux résultats, ils sont déjà connus.

s ajoute ceci lors de son discours : Nous devons leur tendre la main car, sinon, nous savons que nous faisons le lit de ce que nous n’aimons pas, de ceux qui détricotent l’Europe à force de populisme et de simplification. Elle termine sur son souhait de créer une génération porteuse de l’Union Européenne.

Ministère du chômage

En 2015, la Garantie Jeunes est portée par François Rebsamen et Patrick Kanner. Au passage, Rebsamen appartient à la franc-maçonnerie dans la loge Solidarité et Progrès du Grand Orient de France, à ne pas confondre avec le parti de Jacques Cheminade. Il est surnommé le Ministre du chômage pour les résultats misérables durant l’exercice de ses fonctions.

Rien dans cette énième réforme ne laisse augurer un quelconque changement.